Subir, crouler, angoisser, étouffer, planer, rêvasser ..... voilà comment fin mars 2017 je me suis mise à arpenter les pages web pour satisfaire mon envie de partir, de m'évader ...... et sans même m'en rendre compte, j'ai cliqué sur "réserver" !! ... dans un état presque second, robotique juste comme une carcasse branchée sur du petit voltage ... je venais de faire une vraie démarche, et je venais de réserver LE voyage .... 

Je rêvais, que dis-je , je m'étais promise un jour de partir voir le fameux ..... DESERT D'ATACAMA, au nord-est du Chili .... Plus qu'une envie de le voir, c'était un besoin, comme vital qui m'habitait, IL FALLAIT que j'aille là-bas ... le sentir, le fouler, le toucher ..... seule.

Et c'est donc comme cela que j'ai pris conscience que je partais....qu'il fallait que j'attende 3 mois encore, pour respirer à pleins poumons et me sentir vivante et vibrante ..... 3 mois pour me conditionner à affronter mes vilains chauchemards de la rue, du métro, du rer et de l'aéroport qui allaient m'acheminer vers la fascination et la transcendance ....

Je ne vous parle même pas des préparatifs ! c'est bien gentil de cliquer pour une résa, mais cela implique bien des démarches .....glaner les infos utiles, acheter une p'tite carte topo, j'adore les cartes !!! .... faire la demande ESTA en ligne juste pour pouvoir poser le pieds sur le sol américain (on ne m'y reprendra pas !!!), checker tous les sites sur les agences du village ....et.... acheter un super beau brillant rutilant carnet (Librairie Lamartine, Paris 16ème pour ne pas les citer)

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, qui allait recueillir mes allées-venues, mes pas, mes impressions, mes sensations .....avec un petit look de "journal intime" (oui c'est presque ça) mais dédié à ce voyage .... 

 

Voilà, pendant ces 3 longs mois, je me suis posé 1000 questions, j'ai révisé mon espagnol (très sommaire mais utile !), j'ai finalisé les démarches adminitratives (quelle horreur !), étudié la carte et les parcours, listé les lieux sur lesquels me rendre, mémoriser le plan du village (San Pedro de Atacama n'est pas une ville à proprement parler, mais un village, bouillant de chaleureuse vie, une oasis dans le désert) ....

Puis, le jour du départ, j'ai commencé à écrire dans le carnet rouge .... 

Je vous livre donc, sans détour ni fioriture, mes cheminements, mes pensées, mes sensations, mes ressentis .....

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Jour 1 : 10 Juillet 2017 

Bon, ben je suis prête, après moultes heures à tourner en rond, à poser les choses 12 fois à des places différentes, à faire des petits tas pour chaque utilité, j’ai fini par fermer ma valise, et valider le bagage à mains. 

C’est pas le tout, mais la réflexion ça prend du temps si l’on veut qu’elle soit constructive. 

J’ai aussi fini par m’endormir vers 2h30 du mat, après avoir écouté l’orage.

Le réveil à 7h un peu hardos. 

Partir à 9h00 de la maison, le cœur fendu de laisser Joya (miss chatonne qui habite les lieux) avec une ration de croquette pour un cheval !!! 

Pour éviter les bouchons de l’heure de pointe, je prends le métro, juste pas envie de rater ce vol. Donc une p’tite dose de Xanax, et sous la pluie, valise qui pèse un âne mort (20,4 Kg), je vais à la station Emile Zola en priant tout le Panthéon grec pour qu’elle ne soit pas fermée pour cause d’intempérie (ça s’est déjà vu, donc méfiance !).

Puis ensuite, RER B (sous Xanax et avec le casque ça reste une torture, mais ça m’a pas tuée).

Arrivée à l’aéroport Charles de Gaulle (CDG) à 10h20, et là …….. au secours !!!

On se croirait dans une foule de concert, obligée de patienter des plombes pour enregistrer le bagage, pas le choix. Mais vu la file d’attente, je commence déjà à flipper pour mon vol de 13h15 à destination de New York (NY)……. C’est long, mais que c’est long !

12h20 : ok, valise déposée en soute, passé le mec de la sécurité qui te fait raconter ta vie, bref, courir (pas trop non plus ! mon bagage à mains pèse aussi) jusque porte 49, mais je crève de soif, je dois boire et tout de suite, immédiatement !!

Oh un « Starberk » ! un pulco citron, très bon, tout bu d’un coup.

Me reste juste toute la partie contrôle à passer, là où tu te fais dépiauter le bagage à mains, des fois que j’aie une arme chimique dans ma trousse de toilette, bref, là aussi où t’as forcément un truc sur toi qui fait biper le portique (en l’occurrence la barrette à cheveux, même pas les bagues de pieds ! va comprendre Charles !), et donc heure d’embarquer ….. et de plomber !!

Bon, genre on attend encore des passagers, oh puis à 14h00 ben ils ont la bonne idée de remplir l’avion de fuel ! vraiment pertinent et dans le bon timing ! 

Le truc important à savoir, et si j’avais su, j’aurais fait en sorte d’avoir une plus longue escale, c’est que toute entrée même en transit sur le sol des USA nécessite la récupération du bagage en soute pour tous les contrôles de douane et de police, puis ensuite, de le ré-enregistrer pour le vol suivant.  Donc un truc qui prend du temps, surtout quand on connait pas les lieux.

J’aurais pas dû prendre un trajet avec escale à NY, ou alors opter pour une escale qui laisse le temps.

Donc initialement, j’ai une escale de 3h à NY JFK, sachant que nous avons décollé avec 1h de retard, et qu’il ne rattrapera qu’1/2h en vol, ça craint du boudin à donf, if you see what I mean ! 

J’ai pas du tout peur de l’avion, au contraire, j’adore le décollage qui laisse une sensation presque délicieuse.

Bref, j’suis dans l’avion, à ma place, hublot évidemment.

Je pourrais presque m’assoupir, je n’ai dormi que 4h30, c’est léger. Mais repas à bord (bof). Shit, j’suis déjà en jetlag, il n’est que 16h24 HF. (presque rien mangé). Ça plane pour moi, au dessus de la mer de nuages dans des dégradés de bleus.

Quel lieu de silence, de légèreté, de sérénité opale et laiteuse…..avant le prochain coup de stress à JKF, si je loupe ma correspondance ou pas.

Suite au prochain épisode, j’ai encore 6h de vol, de quoi prendre le temps de zénifier, dans le doux son de ma PL « zen ».

@+   ________

Nous sommes toujours le 10 juillet 2017. Nous avons remonté le temps de 6h, il est donc presque 21h en heure de NY et de Santiago.

Finalement mon vol de 19h pour Santiago a été annulé, et c’est tant mieux, je l’aurais loupé puisque le vol de CDG à JFK est parti en retard, donc atterri en retard, plus le temps de nous « libérer » donc descendue de l’avions vers 17h25 (en mode panique à l’intérieur de ma boite crânienne) au lieu de 16h. 

Passage contrôle passeport, récupération bagage, re-check bagage, aller au guichet d’enregistrement pour apprendre que j’ai le vol à 21h en lieu et place du 19h….. Il paraitrait, selon la rumeur, que l’avion n’est jamais arrivé !

Perso, j’trouve ça inquiétant, mais ça n’avait pas l’air de les stresser.

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Bref, ça y est, suis dans l’avion pour Santiago du Chili, après avoir parcouru quelques allées et couloirs dans JFK pour prendre quelques photos (la pomme, obligé !!).

La nuit tombe sur JFK , et je m’en fous lol.

J’ai trop de sommeil en retard, j’ai 10h de vol à venir, donc je vais en profiter pour dormir.

Suite au prochain épisode. @+ 

Jour 2 : 11 Juillet 2017 

Il est 8h30, heure de Santiago, et il reste 40mn de vol pour y arriver, donc ça fait une arrivée théorique à 9h10.

Mais … oui, y’a souvent un « mais », j’ai aussi un vol pour Calama à 8h50.

Va-t-il attendre l’heure de correspondance ou bien on me colle sur un autre vol ? ce qui serait logique vu que les deux premiers vols ont été décalés .

Sinon, j’ai pas mal dormi pendant le vol.

J’ai pris le p’tit dej à bord.

Je ferme le carnet, suite au prochain épisode. @+    ___________

Nous sommes toujours le 11 juillet, il est 18h45, je suis à Santiago.

Mon vol pour Calama vient ENFIN de décoller.

Jamais ma patience et mes nerfs n’auront autant mis à rude épreuve. Je suis depuis 9h00 ce matin dans cet aéroport de Santiago, à attendre ce vol que j’aurais dû prendre il y a 9h. J’ai donc passé la journée entière dans cet aéroport !!!

Le vol de ce matin 9h a été annulé, donc il a fallu récupérer le bagage, et pour trouver tout ça avec mon pauvre espagnol de fortune, j’ai fait fort !  Y’a un gentil monsieur qui a eu pitié de moi, et nous avons trouvé ma valise.

Avant il fallait un p’tit contrôle douane sinon pas drôle, donc une plombe, puis police, donc ouf ! tampon du Chili sur mon passeport, wouah !

Donc pour retrouver un vol pour Calama, attendre une plombe dans la file d’attente pour un vol prévu initialement à 14h50, et là ……. C’est le drame !

Vol reporté ! porte d’embarquement changée 3 fois. Ils m’auront tout fait durant ces deux jours. Oui, le désert ça se mérite ! Mais là, ça fait beaucoup.

J’en ai profité pour sortir de l’aéroport, j’avais le temps, pour fumer une putain de bonne clope en admirant la vue sur la cordillière des Andes. J’avoue ça calme. 

Mais voilà, suis donc dans le bon vol, le dernier en réalité.

J’ai les nerfs qui s’effritent, je crève de soif et mes pieds pleurent.

En arrivant à Calama, il faudra que je récupère mon bagage et que je trouve de quoi aller (un bus ?) à San Pedro de Atacama.

Ceci n’est qu’un détail noyé dans le marasme de ces deux jours.

Mais comme dirait quelqu’un : « ça fait des souvenirs ! »

En plus, nous sommes en vol de nuit, donc je ne peux pas voir cette magnifique Cordillière que nous survolons. 

Après tout ça, je m’enfermerai dans le désert, et je crois que c’est vraiment l’expression qui convient. M’entourer de vide, de grandiose, de silence, de sérénité et de grandeur.

19h15 heure locale (Santiago du Chili), je ferme le carnet, suite au prochain épisode, @+    __________

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Toujours le 11 juillet 2017. Il est 23h30.

Je suis arrivée à San Pedro de Atacama, au Atacama Adventure Wellness Ecolodge à 22h20. P***** Ça fait du bien !

Premier réflexe : mettre le téléphone et la tablette sur le wifi local pour prévenir que je suis bien arrivée. Même pas faim. Juste respirer les lieux (avec 1 clope bien méritée lol), douche, bagage, et … dodo !

Je ferme le carnet. Suite au prochain épisode. @+

 

 

Jour 3 : 12 Juillet 2017 

Il est 9h du mat. Le soleil brille de mille feux.

J’ai pris mon p’tit dej sans trop avoir faim.

Les jardins sont superbes, j’adore. Le chat des lieux est un nouvel ami qui ronronne autant que la turbine d'un barrage hydraulique !

Je vais au village pour la poste et le change de monnaie, puis me balader pour repérer les lieux. D’ici, c’est à 1,5 km environ, dans la fraîcheur des 9° (21° attendus en journée). Hasta luego !

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18h00…… la nuit tombe, le froid tombe, mes nerfs tombent, tout tombe, alors que je suis encore dans le jardin de l’hotel.

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J’ai bien arpenté le village, mais pas encore complètement. Cela dit, j’ai fait les essentiels du 1er jour, à savoir change monnaie, poste pour timbres, pharmacie pour spray nasal because muqueuses ultra asséchées, puis petit repérage des lieux.
le soleil cogne sévèrement dans le désert, je crois bien que mes oreilles ont chauffé.

Bon, sinon, j’suis nase je crois que j’ai pas encore récupéré les heures de décalage…. Je crois que je ne vais pas dîner, je ferme le carnet, hasta luego !!

Jour 4 : 13 Juillet 2017

9h00 du mat : wouah grosse nuit de sommeil.

Presque prête pour partir crapahuter. Il ne fait que 6° pour le moment, mais le soleil arrache déjà ! Hier il m’a cramé la tronche.

Bon j’ai pris un p’tit dej blindé d’énergie, genre fruits, muesli, céréales….
j’ai mis de l’indice 50 sur ma peau sans oublier les oreilles (avez-vous déjà eu les oreilles littéralement fondues par le soleil ?)

Aujourd’hui, j’ai bien envie de prendre un des VTC de l’hôtel (mis à dispo gratuite pour 4h), puis d’aller voir la Vallée de la Mort. Je ne sais pas ce qui est mieux, pieds ou vélo, parce que c’est loin. Je vais réfléchir à la question, et demander à Mary la gentille dame de l’écolodge.

Je ferme le carnet. @+ _________

Voilà, il est maintenant 20h00. Finalement, les vélos de l’hôtel ne sont pas en assez bon état, donc suis allée au village à pieds dans l’optique de louer puis de me balader dans la Vallée de la Mort ……. Ce que je n’ai pas fait dutout !!!

J’ai maté quelques pancartes qui vantaient les excursions devant les agences de tourisme (et c’est pas ce qu’il manque, et dans toutes les langues !!), puis je suis entrée dans une agence, et acheté une place pour la Vallée de la Lune pour un départ à 14h30 de l’agence. Hyper sympa la nana… j’ai bien insisté sur le fait qu’il ne fallait pas que ce soit un gros groupe, je déteste les troupeaux de touristes, et j’aime encore moins faire partie du troupeau !

En attendant l’heure, j’avais carrément le temps, je suis allée me balader dans les rues en passant par les « tiendas » (les boutiques quoi !!), marché artisanal, bar pour le super jus d’ananas mixé à la commande, pause clope sur la place centrale (équipée du wifi s’il vous plait !!), puis re-jus d’ananas avec empanadas (juste pour goutêr !... mais trop bon !), puis un p’tit tour dans la galerie artisanale (qui expose et vend EXACTEMENT les mêmes articles que l’on trouve sur les marchés de Bolivie et du Pérou lol), puis c’était l’heure d’aller à l’agence ….

Cool, c’était un mini-bus, mais un tout petit groupe de 6 personnes….. allez go, 20 km (si quand même ) dans le désert …. Et là …..

Le choc ! quelle violence et quelle brutalité la beauté de ces lieux impériaux…

Je ne peux m’empêcher de laisser les autres me devancer, me laisser un peu en marge en retrait, pour prendre le temps de contempler, absorber, shooter dans tous les sens, souffler mes poumons parce que ça monte (et que j’suis fumeuse !!...oui oui je sais, c’est pas bien !.... mais sérieux, des fois une bonne clope c’est trop bon !) … dans le sable, en plein cagnard pur et brut, fait pas semblant ici le bougre !

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Epuisant, mais ressourçant à la fois, je ne saurais l’expliquer.
je regarde un lieu sacré et protégé, acteur et témoin depuis des milliers d’années de changements et de formations géologiques…. Ça me fascine et ça m’envoute.

Arrivée en haut sur le mirador, c’est le clou ! Incroyable de beauté et de grandeur, magique ! érigée, souveraine, minérale …. Lunaire, oui, forcément.

La Vallée de la Lune, « Valle de la Luna », constitue une réserve nationale protégée (et on ne marche pas n’importe où), dont tous les bénéfices, paiements aux agences de tourisme etc, sont reversés à la Communauté des Atacameños, une des plus anciennes ethnies, encore existante et représentée. Ils sont les seuls à percevoir les bénéfices qu’engendrent les sites touristiques de la région, sur leurs terres sacrées. Et perso, je trouve ça très bien, c’est une très bonne chose. Belle mentalité que de leur rendre ce qui leur appartient de droit.

Sur cette belle pensée, je ferme le carnet, je suis un peu fourbue, harassée, mais emplie d’un sentiment de quiétude … suite au prochain épisode.

Jour 5 : 14 Juillet 2017 

Il est 10h00 , je me sens complètement décalée, à l’ouest si j’ose dire. De plus, j’ai oublié d’ingurgiter ma dose quotidienne de « sédatifs hypnotiques » donc autant dire que je n’ai pas dormi !

Même après un p’tit dej en béton, je me sens à plat. Je crois qu’aujourd’hui je vais me la jouer « terrasse, jardins et sofas » à contempler et absorber.

Bon en fait, j’attends aussi la confirmation d’arrivée de la personne qui va chez moi, pour faire les "cat-sitter" …. Et ouf oui !!! bien arrivé…. La féline les lieux n’est plus seule, elle va bien, et je suis rassurée ….

Partir au bout du monde lorsqu’on a un animal à la maison, c’est peut être un détail pour certains, mais pensez à lui !!

Bon allez, journée light, à lire, à cramer, à rêvasser, à écrire, à réviser mon espagnol (un p’tit peu tous les jours !.... il y a 3 ans lorsque je suis partie en Bolivie, je pétais pas un mot d’espagnol !). …. Je me rattraperai demain.

Je ferme le carnet. Hasta luego.

 

Jour 6 : 15 Juillet 2017 

9h30 : wouah, nuit complète en mode « sédatée » juste pour ne pas entendre les chiens alentour aboyer.

Hier j’ai rien foutu, j’avais besoin de me poser le neurone, donc je suis restée dans les jardins (qui invitent à la contemplation et la méditation, avec vue sur le Licancabur), avec mon bouquin, en alternant ombre et soleil, et toutes les 3h hop petit tartinage avec indice 50 ….. Nous sommes tout près du tropique du capricorne, et l’indice UV est violent, Râ nous envoie toute sa puissance sans barrage, non ici, pas de nuage de pollution, c’est brut violent sans altération.

Bon today, vais aller en ville, il me faut quelques ustensiles, genre p’tit sac à dos (bien fait, je n’avais qu’à pas oublier le mien), pour marcher, c’est important d’équilibrer la charge sur les épaules, et vu que je trimbale toujours quelques kilos avec moi, c’est un outil indispensable.

Vous ai-je dit qu’ici tout est serein et paisible ? …. Il y a pourtant une route derrière, mais peu de passage alors le chant du vent et des oiseaux est maître. Allez, c’est parti pour le village, baskets au pieds (je dégage mes bagues d’orteils, elles m’arrachent la peau, assez gênant !).

Je ferme le carnet. Hasta pronto. @+_________

 

Il est maintenant 21h, dans la nuit et la fraîcheur. Ici nous sommes en plein hiver, la saison la plus froide et la plus sèche (dans un désert, c’est pas banal), mais le concept du nuage n’existe quasiment pas à cette période de l’année.

Je savoure …. Wouah, cela faisait longtemps que je n’avais pas marché sur une p’tit montagne, ça me manquait cruellement, mon corps en demandait, j’avais « les sabots qui grattent » ! … ça arrache les jambes mais que ça fait du bien …. Lorsque le corp souffre c’est qu’il est vivant.

Donc finalement, ce matin, j’ai décidé de me diriger depuis le village, à pieds bien sûr, mon moyen de locomotion favoris et dans lequel j’ai le plus confiance, jusqu’à Pukara de Quitor, un site archéologique à quelques kilomètres au nord du village….

Traverser le rio, toujours à pieds, (les camions et vélos roulent dedans, peu d’eau à cette période), marcher dans un sable chaud qui engloutit, monter sur des chemins de caillasse jusqu’aux ruines, d’où l’on a une vue imprenable sur la vallée de Catarpe et son rio.

Puis redescendre des ruines pour récupérer le chemin caillouteux de l’autre versant. …. Toute cette étendue minérale, la pierre qui réfléchit le soleil qui brûle la peau et les yeux…. Tous mes sens sont en alerte, aux aguets, j’absorbe chaque parcelle, chaque son que font mes pas dans la pierre, chaque vue que mes yeux captent à tous les degrés.

La pente est douce mais malgré tout un peu éprouvante sous le brutal assaut des rayons. … mais la contemplation fait souvent occulter la condition de son corps. La vallée se dessine en contrebas, toute droit née du pinceau de la nature, majestueuse, le Licancabur vient écraser de sa puissance ce panorama, il est loin et pourtant si près, presque palpable.

Je ne sens pas l’épuisement, mes jambes me portent pour monter tandis que moi je m’imprègne et je me nourris de ce que je vois.

C’est fou, improbable et réel. Au 3ème mirador, dans le vent sifflant, je me sens seule au monde, j’aime ça, trop peut-être, ce monde qui m’entoure et me fascine, fait vibrer chaque partie de mon corps, fait se hérisser les poils de mes bras, fait jaillir les émotions.

Le vent me fait réagir et me sortir de ma torpeur, me dit qu’il faut continuer, aller voir jusqu’au sommet, il y a un truc qui m’intrigue. Les lacets caillouteux n’en finissent plus, et là, un choc, je ne m’attendais pas à voir cette immense dune de sable en face, que l’on ne peut voir que d’ici, une des dunes de la Vallée de la Mort qui est de l’autre côté. Puis cette croix sommitale, plantée là, témoin de nos effort, nos pas, nos rires et nos larmes, témoin des affres et des œuvres de Gaïa, Mère Nature….. « Dios mio, dios mio, por qué me has abandonado » … tout est dit et gravé dans la pierre, tout est beau, mon souffle est coupé et je suis submergée d’émotions …non contenues.

Je ne saurais pas expliquer, et certains ne comprennent pas, que l’on puisse vibrer à ce point pour un lieu, un moment, que l’on puisse se sentir assaillie par de l’émotion violente sans savoir la contenir. C’est puissant et incontrôlable.  Beaucoup de marcheurs, randonneurs, marchent, montent, s’émerveillent, prennent des photos, …. J’espère juste qu’ils « ressentent » ce noyau dur de sensations qui leur a été jeté à travers le corps et qui va exploser.

Après de longs moments, assise là sur une pierre à contempler, figée dans le temps et l’espace, il a bien fallu que je redescende. J’ai donc fait la descente avec un groupe de 4 jeunes nanas qui étaient arrivées au sommet après moi. Alors, est-il nécessaire de préciser que le contact avec l’humain, heu…. Comment dire ça délicatement …. C’est juste pas mon truc, mais ça m’arrive quand même !  
une frenchy, une américaine, une néerlandaise et une allemande, toutes 4 s’étant rencontrées à l’auberge où elles dormaient. Sympa, petite séance photo au sommet au pied de la croix sommitale, puis redescente en papotant, mais pas trop quand même hein !  Puis chacun reprend son chemin, et retourne dans son monde de sensations.

Je suis rentrée au village à pieds, un peu fourbue, et du village, encore 2km environ jusque l’hôtel. Je ne compte pas les km, je m’en fous. Mes pieds ont leur conscience et ne s’en foutent pas, ils pleurent !

Mais tout ce que j’ai vu, j’ai contemplé, j’ai ressenti, j’ai absorbé me font me sentir bien, heureuse, sereine et en paix, accomplie, et en accord avec cette nature et ce côté du monde.

Besoin de dormir, je ferme le carnet. Hasta mañana.

..... LA SUITE ARRIVE